Humeurs

Un poing c’est tout.

Ça fait des mois que j’hésite à me lancer dans l’écriture de ce billet.
Des mois que je me dis « Quel est l’intérêt, le but ? A qui, à quoi cela servira-t-il ? N’est-ce pas trop impudique ? Et puis, il y a prescription, comme on dit… »
Des mois que j’hésite à poser ici une parenthèse de mon passé. Une année et demie que je préférerai souvent oublier, parce que la honte et la culpabilité prennent trop souvent le dessus. Alors en faire un billet c’est faire le choix de laisser une trace. Indélébile.

Aujourd’hui, 25 novembre, j’ai décidé de passer outre ces considérations. Aujourd’hui, je me dit que c’est une journée propice à cette confidence, parce que d’autres avant moi et d’autres après moi ont connu et connaîtront cette honte et cette culpabilité.
Beaucoup trop d’ailleurs auraient d’autres histoires bien pires que la mienne à raconter si elles étaient encore de ce monde.

Il y a 10 ans tout pile, j’ai rencontré un jeune homme. Il aimait faire la fête et avait un groupe d’amis tout aussi festif que lui. Il aimait l’alcool aussi, un peu trop. C’était surtout quelqu’un de jaloux. D’extrêmement jaloux. Mais ça, je m’en suis rendu compte plus tard.
Nous étions souvent en soirée, chez lui, chez ses potes ou en discothèque. Au début, il me disait qu’il trouvait cool que le courant passe aussi bien entre ses amis et moi. Mais très vite, son discours à changé.

Il a commencé à me trouver trop proche d’un de ses amis en particulier. Lorsque nous nous retrouvions seuls, il me reprochait de trop souvent parler avec lui, de trop blaguer. Il me disait que mon attitude laissait penser que je le draguer, ce qui, bien sûr, n’était pas acceptable.
Alors j’ai pris le parti de m’écarter de cet ami. Lors des soirée, je prenais un soin tout particulier à l’éviter. Je me contentais de parler à sa chérie, que j’appréciais beaucoup également.
Après tout, je l’aimais, et lui aussi m’aimait. Je pouvais bien faire ça pour nous.

Je pensais le problème réglé, mais non.
D’autres situations et d’autres personnes sont devenues problématiques. Et il s’est vite avéré qu’en fait, je n’avais le droit de parler, de sourire, et encore moins de danser, avec aucun autre que lui.
Chaque retour de soirée était devenu la scène de crise de jalousie, chaque fois plus forte que la précédente. D’abord un semblant de discussion. Puis le ton qui monte. Puis des objets qui volent. Puis des coups de poings dans les murs.
A chaque soirée, j’appréhendais de rentrer, me demandant quel reproche il pourrait me faire, cette fois encore. J’avais pourtant complètement changé ma façon d’interagir avec tout le monde. Je ne m’adressais plus qu’aux femmes. Je ne posais même plus les yeux sur un autre mec. Quand l’un d’entre eux me parlait, j’esquivais, systématiquement. Mais ce n’était pas suffisant.

Alors, j’ai fini par refuser de sortir, rester à la maison, à attendre bien sagement qu’il rentre, en ayant bu plus que de raison. Mais surtout en pensant qu’ainsi, j’éviterai les crises qui devenaient de plus en plus violentes.
Après tout, je l’aimais, et lui aussi m’aimait. Je pouvais bien faire ça pour nous.

Mais même là, il trouvait le moyen de me réveiller à son retour.
« Pourquoi t’es pas venue ? Les autres vont se poser des questions. Il vont croire que je t’empêche de sortir. Ils vont avoir une sale image de moi, penser que je suis un gros con ! ». Une fois, j’ai eu le malheur de lui dire que ses amis avait compris pourquoi je ne me joignais plus à eux. Erreur.
Il est entré dans une colère folle. Ce soir-là, le mur de la chambre à morflé. La table basse à volé à l’extérieur de la maison. Le carreau de la porte s’est retrouvé en pièce sur le carrelage et lui s’est retrouvé la main en sang.
Ce soir là, comme tous les autres jusqu’à présent, ma fille était chez son père.

Un autre soir, nous étions invités chez son meilleur ami, en couple avec un enfant. Il m’avait toujours assuré qu’avec lui, il n’y aurait jamais de question de jalousie, qu’il avait une confiance aveugle en lui (mais pas en moi). J’ai longtemps hésité à accepter de l’accompagner. J’ai insisté et l’ai prévenu qu’à la moindre tension, je repartirai. Il m’a donné sa parole que tout se passerai bien.
Apéro, entrée, plat. Nous n’avons pas vu le dessert. Il m’avait déjà fait trois réflexions quand j’ai décidé de partir. Ses amis ont bien essayé de jouer les médiateurs, mais s’en était trop pour moi.
Il a tenu à rentrer avec moi. Vingt minutes de route pour arriver à destination. Vingt minutes de questions et de remarques assassines.
Arrivés devant la maison, je lui ai dit que je ne descendrai pas de voiture. Il n’a pas compris. S’est emporté, une fois de plus. Les noms d’oiseaux ont fusé.
J’ai tenté de le pousser hors de ma voiture. Son poing droit est parti éclater la vitre côté passager. Puis il s’est retourné vers moi et à mis ses mains autour de mon cou, tout en hurlant que je n’étais qu’une salope, une moins que rien qui lui pourrissait la vie. Il a serré très fort. Je ne sais pas par quel moyen j’ai réussi à trouvé la force de me dégager de son emprise. J’ai réussi à le pousser en dehors de ma voiture.
Ce soir-là, une troisième passagère était à l’arrière de ma caisse. Elle hurlait « Maman ! Maman ! ».
Ce soir-là, ma fille n’était pas chez son père.

Nous avons fini la nuit chez le mien, et nous y sommes restées un an.
Je ne suis retourné chez cet homme que pour récupérer mes affaires, en m’assurant qu’il ne serait pas là.
C’est sa mère qui m’a accueillie et qui m’a aidé à charger ma voiture.

Cette parenthèse aura duré un an et demie. Bien trop longtemps.
Je m’étais juré que jamais ma fille ne serait témoin de ce genre de scène. J’ai échoué.
Mon maigre réconfort est d’avoir su partir, même si le mal était fait.
Alors, oui, mon histoire c’est pas grand chose comparée à celle de millions d’autres femmes qui meurent chaque jour de violence.
Mais je sais à quel poin(g)t elle m’a traumatisée.
Et aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus me taire.

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11 réflexions au sujet de « Un poing c’est tout. »

  1. Tu ne peux pas savoir à quel poin(g)t tes mots me touchent… Je n’ai pas personnellement connu cette situation. et je croise les doigts,mais j’ai tellement conscience de notre vulnérabilité, nous les filles, les nanas, les gonzesses, les meufs… les femmes, quoi. Alors je pense à moi, à nous… mais aussi à ma fille… et à mon fils. A ma fille car elle est « potentiellement un cible « facile » » aux agressions de tout genre, et à mon fils qui, j’espère apprendra par sa soeur et moi à respecter les femmes… Je t’embrasse et t’apporte tout mon soutien. J’espère que ce post sera un peu cathartique… et qu’il adoucira tes plaies. As-tu pensé à l’hypnose Ericksonnienne, pour toi, pour ta fille ?
    Bisous

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Laura pour tes mots justes, encore une fois ! En effet, personne n’est à l’abri. Jamais ju n’aurais pensé pouvoir laisser une telle chose arriver, et pourtant… Oui, j’ai pensé à l’hypnose, mais je n’ai pas trouvé de thérapeute avec lequel je me sente suffisamment à l’aise pour me lancer 😕 tes douces pensées sont bien arrivées jusqu’à moi 💕 😙

      Aimé par 1 personne

  2. Je suis tombee sur ton blog au hasard de mes peregrinations sur le web, et je suis contente de lire ton histoire. Non pas que je ne sois pas atristee et en colere parce que cet homme a fait!
    Mais je trouve tres important de liberer notre parole sur ce genre de sujet. J’ai ete victime de violence de la part de ma mere et victime d’abus sexuels. Et apprendre que d’autres etaient dans mon cas m’a beaucoup aide a guerir et me reconstruire.

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour ce temoignage qui est fort. Non cela n’arrive pas qu’aux autres et c’est insidieux. Ce sont des temoignages comme le tien qui donnent aussi de la force aux femmes de refuser cet etat et de se battre pour sortir de cette spirale, ou demander de l’aide. Bref, merci

    Aimé par 1 personne

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