Mes missions

Batterie Faible – Veuillez brancher votre chargeur.

Les journées d’un entrepreneur sont bien remplies. De rendez-vous, d’impératifs, de changements de programme, de déconvenues, d’émotions… En l’espace de 12h (voire 15), il se passe tout un tas de choses. Il n’existe pas de semaine type, pas de planning figé. Même si on essaie de s’astreindre à caler son organisation, il y a forcément des ajustements de dernières minutes qui viennent tout chambouler.

La compta prévue un mardi matin peut se faire voler la vedette par une réunion de chantier de dernière minute. Les chiffres devront attendre le soir, après le dîner !
Un point com’, nécessaire à toute entreprise voulant voir son activité prospérer, se trouvera bien souvent relégué dans les tâches « non-urgentes » de la To-Do List de l’entrepreneur débordé.

L’agenda hebdomadaire manque souvent de place pour caser tous ce qu’on souhaiterait. Les rendez-vous et autres plages « bureau » glissent régulièrement d’un créneau ou d’un jour à l’autre.
Et puis, il y a ce qui n’est pas noté dans l’agenda…

Je partage la vie d’un créateur d’entreprise depuis presque trois ans maintenant. Je vois les choses de mon point de vue, mais de façon tellement proche qu’il m’arrive parfois d’avoir l’impression de pouvoir me glisser dans sa peau.

Autopsie d’une journée d’entrepreneur.

Capture2

7h30.
Le réveil sonne. Le temps d’une douche pour réveiller mes neurones, je pense au café qui m’attend pour bien démarrer la journée. Le téléphone sonne : problème technique pour un collaborateur qui ne peut imprimer les plans que je lui ai envoyés la veille pour son rdv prévu dans 1h avec les clients. Le café attendra : je saute dans mes chaussures le temps de l’impression et je pars avec ma liasse de documents sous le bras. Arrivé sur place, j’aurai le droit à un café.

9h30.
Retour au bureau. Pas le temps d’enlever ma veste que le téléphone indique déjà trois appels en absence. Tout en me servant un café qui finira froid sur mon bureau, je rappelle mon premier correspondant. Un client qui souhaite décaler notre prochain rendez-vous. Le téléphone calé entre l’oreille et l’épaule, ma main gauche repoussant la tasse de café et la souris dans la main droite, je check mes dispo et tente de satisfaire mon client sans trop mettre à mal mon organisation. J’entends le bip du double appel. Je jette un œil furtif et vois le nom d’un artisan s’afficher. J’envoie un mail de confirmation de rdv au client. Toujours.

11h.
4 coups de fil plus tard, je pose le téléphone mais ma main reste en suspens quelques secondes, guettant la prochaine sonnerie. 7 fenêtres sont ouvertes sur mon écran 376’ (minimum vital). Je m’aperçois aussi que je suis en apnée. Je souffle un bon coup, détourne mon regard du téléphone, clique sur quelques croix de coins droits pour faire du clair sur mon bureau. Je décale le créneau Com’ qui était fixé de 9 à 11 à demain. J’ouvre un fichier Excel, et me plonge dans les chiffres. Saisies. Formules. Analyse. Sommes. Comptes justes. Ouf. Next.

11h45.
Le site internet a crashé. Passage rapide en mode geek. Résolution de problème ok.

12h.
L’écran de mon téléphone s’éclaire et le bruit d’une canette qu’on décapsule retentit (oui, je bosse dans le bâtiment !) : rappel de rdv dans 30 min. J’envoie un sms à l’artisan qui m’accompagnera chez le client pour m’assurer de sa présence. En attendant sa confirmation, je prépare mon paquetage : dossiers clients, pc, mètre laser. Je vérifie la synchronisation de mes fichiers : tout est OK. Je m’octroie une pause clope avant de prendre la route. Je croise ma compagne qui me fait remarquer avec son œil réprobateur que je vais encore oublier de prendre le temps de manger. Je lui réponds par mon éternel « Pas l’temps, j’mangerai mieux c’soir ! ».

12h30.
J’arrive à mon rdv. Merci la technologie Bluetooth qui me permet de rester joignable même en voiture. J’ai eu le temps de régler le problème que je n’attendais pas le temps du trajet. Optimisation absolue du temps.

15h.
Fin de rdv. Je profite de ne pas être loin d’un de mes chantiers pour aller y jeter un œil. Bonne idée. Après décompte, il manque une fenêtre à la livraison arrivée ce matin. Je vérifie les mails sur mon téléphone. Pas d’info à ce sujet. Coup de fil à l’artisan qui m’annonce une rupture de stock momentanée chez le fournisseur. Merci d’avoir prévenu !

16h.
Retour au bureau. Une deuxième tasse de café vient prendre sa place à côté de celle de ce matin encore remplie au ¾ du liquide froid. Je peaufine un rendu, lance l’impression d’un permis de construire. 60 pages en A3. Pas très COP21 tout ça, merci l’administration française ! Le temps que la machine crache ces arbres morts, je planche sur l’étude d’une maison passive. Ironie. Et qui est donc celle qui se prend d’idée de mettre l’aspirateur en route pile au moment où le silence semble pouvoir enfin s’installer ? Le travail à domicile à ses limites. Il me faut des bureaux. Vite. J’essaie de joindre l’hôtel d’entreprise rencontré la semaine dernière. Sans succès. Je me mets une note pour y penser demain.

18h28.
L’article de presse consacré à ma boîte est paru ce matin. Je prends le temps de le lire et de me gargariser dix secondes de cette reconnaissance relative. Je balance le lien à ma compagne qui s’occupe à l’occasion d’alimenter ma page Facebook. Elle me trouvera bien un p’tit texte de légende pour un post percutant. Pas le temps de m’en occuper.

18h30.
Fin de journée de travail. Pour les clients du moins. Les coups de fils et les mails reprennent de plus belle. Les zones bleues de mon agenda de demain dansent la polka. Nouveaux contacts, une réunion de chantier avancée, une autre décalée, alimentation du site Web repoussée, encore.  Mon téléphone donne ses premiers signes de fatigue avant moi : « Bip-Bip – Batterie Faible – Veuillez brancher votre chargeur ». Je fais comme si je n’avais pas vu. Moi non plus j’ai pas mangé de la journée, tu attendras aussi cher téléphone ! Encore un p’tit effort…

19h30.
J’entends un bruit venant du rez-de-chaussée. Comme une voix. Je distingue deux mots : « Bientôt », « Manger ». Ma concentration se dissipe à la perception d’une odeur d’épices qui vient narguer mes narines. J’ai pas fini ce que j’ai à faire. Ça m’arrange pas vraiment de m’arrêter maintenant. Je prends sur moi et je descends pour prendre part à la vie de famille. Le téléphone à la main, je filtre les appels qui arrivent encore. On passe à table et à la première bouchée je me rends compte que je crevais de faim. Je prends plaisir à partager ce repas avec les miens mais mon esprit est resté dans mon bureau. Je vois des chiffres dans mon assiette. Le bilan de tutorat scolaire de ma belle-fille me renvoie aux comptes rendus de chantiers qui m’attendent. Je souris, sors trois mots pour tenter de m’intégrer à la conversation mais je ne suis pas convaincant. Mon verre de vin a un goût d’urgence à traiter.

21h.
Je me fais violence et m’octroie une pause série télé avec ma douce. J’en ai besoin pour me sortir du miasme de la journée. Je me lobotomise en regardant des survivants exploser la tête de zombies par dizaines. Je me dis que des fois je leur ressemble, aux zombies. Cette idée me fait sourire. Mon téléphone est à l’agonie à côté de moi. 5 % de batterie.

23h.
Ma concentration et ma créativité sont de retour. Je regagne mon bureau. Je planche encore presque 2h sur une étude.

1h.
J’ai les yeux qui piquent et les lignes commencent à jouer à saute-mouton. Je coupe, choppe mon téléphone pour régler mon réveil. RDV demain, on prend les mêmes et on r’commence. Juste le temps de voir apparaître « Batterie Faible – Veuillez brancher votre chargeur ». Ecran noir.  Rideau.

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6 réflexions au sujet de « Batterie Faible – Veuillez brancher votre chargeur. »

    1. Merci cocotte ! Il paraît qu’on peut pas imaginer ce qu’est l’Entreprenariat tout le temps qu’on ne l’a pas vécu… Je pense que je ne suis vraiment pas loin de la vérité malgré tout ! 😉

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